Pour son deuxième débat sur les élections législatives en Isère, le Club de la Presse a choisi la 1ère circonscription. Un territoire gagné par Alain Carignon en 1988 et « propriété » de la droite jusqu’en 2007. Le 10 juin dernier, quinze prétendants à la députation se sont affrontés. Les urnes ont parlé. Deux sont qualifiés pour le 2ème tour, dimanche 17 juin : Geneviève Fioraso (PS) et Jean-Claude Peyrin (UMP) devant Marie-Christine Tardy la dissidente UMP à 596 voix.
Les records fleurissent à l’occasion de ses rencontres politiques-journalistes… près d’une demi-heure de retard pour Renzo Sulli le 5 juin à l’occasion d’un débat, organisé par le Club, sur la 2e circonscription. Record presque battu avec 25 minutes de retard pour la candidate PS sortante, Geneviève Fioraso, dont les mauvaises langues disent qu’elle a fait de ses retards systématiques son sport favori. Son suppléant, un tantinet nerveux, tente de rassurer la salle en précisant que la ministre est retenue sur une plateforme chimique à Pont-de-Claix par des syndicalistes. « C ‘est toujours pareil et en plus c’est même pas sa circonscription ! » tacle l’empêché de débattre Jean-Claude Peyrin (UMP). Pas de prise d’otage dans la chimie mais une prise de parole hésitante à la tribune pour tenter de combler ce vide sonore que nous ne saurions entendre…
Dans ce bel espace feutré, les minutes paraissent interminables pour les journalistes-animateurs du débat Gérard Fourgeaud (France Bleu Isère) et Serge Pueyo (RTL / Le Parisien Aujourd’hui en France), et pour le public nombreux dans l’amphi de la CCI. Un retard qui semblait une éternité pour Jean-Claude Peyrin qui trépignait grillant sans compter ses premières cartouches sur la candidate absente. Applaudie lors de son apparition dans l’amphi par un groupe de jeunes socialistes, Geneviève Fioraso surgit comme un boulet, un dossier sous le bras. Une posture de conquérant qui traduit une avance confortable face à son adversaire terrassé par une dissidence de trop.
Enfin au complet, le débat peut alors commencer. Durant une bonne heure et demi d’échanges riches en allusions, en petits quolibets et délicieuses piques destinés à désarçonner l’adversaire, le duel de la 1ère circonscription a néanmoins révélé quelques perles.
Une circonscription « taillé » pour la droite
C’est d’abord dans sa fratrie (six enfants) que Geneviève Fioraso mène ses premières « luttes » de pouvoir alors que Jean-Claude Peyrin admet volontiers que le rugby lui a offert ses premières occasions d’en découdre. Tombé en politique à l’âge de 24 ans, elle devient chargée de communication pour un certain Hubert Dubedout. Si elle n’est définitivement pas novice en politique, elle doit énormément au député maire de l’époque qui lui montre la voie. Une voie toute tracée. Une voie royale pavée de mandats successifs jusqu’à la consécration récente, lors de sa nomination au poste tant convoité de ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Quant à Jean-Claude Peyrin, « carignoniste », « saviniste » et enfin « peyriniste » comme il aime à le rappeler, il reconnaît que les coups bas et les attaques répétées n’ont pas donné une bonne image du rassemblement à droite. Au-delà des querelles de personnes, promis juré les électeurs de Marie-Christine Tardy (maire de Meylan qui a réalisé 16,60 % au premier tour, derrière Jean-Claude Peyrin 17,80%) se rallieront à lui. Or « personne n’est propriétaire de ses voix » clame-t-on aussi bien à gauche qu’à droite. Les divisions de 2007 ne sont plus les mêmes mais au final la droite paie ses dérives, ses déchirements et ses âpres duels intra appareil. Ceci dit pour une circonscription taillée pour la droite en 1988, Geneviève Fioraso totalise 38,31 % des bulletins au 1er tour et réalise ainsi un score supérieur de 7 points à celui de François Hollande à la présidentielle 2012. Les deux candidats UMP et UMP-dissident ne dépassent pas, à eux deux, le score de la socialiste sortante. Une occasion rêvée pour Serge Pueyo d’interpeller l’UMP sur cette étrange « machine à perdre de la droite à Grenoble ». Est-ce inéluctable que la droite perde ses combats en dépit de 10 candidats présents dans 10 circonscriptions ? « C’est l’ombre maléfique d’Alain Carignon » suggère Geneviève Fioraso, « C’est plus lui, moi c’est moi » marmonne Jean-Claude Peyrin, toujours empêtré dans les circonlocutions à la simple évocation de son mentor. Pas facile en effet de renier ses origines, ses propres racines. Le terrain Carignon est sinon miné du moins sacrément glissant. Plusieurs s’y sont fracassé les dents et combien de carrières politiques sacrifiées. Et quand vient la question sur la réhabilitation du fantôme Carignon demandée en 2011 par Jean-Claude Peyrin, mieux vaut dévier sur l’affaire Corys SA, dont la contre-attaque de Geneviève Fioraso ne tarde pas : « L’appauvrissement personnel vous gêne-t-il Monsieur Peyrin ? » en tant que cadre salarié actionnaire, la candidate reconnait avoir perdu sur ses deniers personnels quand Corys SA a déposé son bilan. Dans la série des questions qui dérangent, il y en a une qui revient systématiquement, celle de la stratégie électorale de la droite face au Front national. Un « come back » sur la douteuse campagne présidentielle et ses appels du pied au Front. Alors, pas le moindre petit un clin d’œil aux électeurs frontistes à l’horizon ? « Non, nous n’avons pas l’intention de le faire avec les électeurs du Front national » confie dans une voix à peine audible Jean-Claude Peyrin. La candidate PS souligne « le désarroi des électeurs du FN » qui doit être pris en compte dans ces « territoires ruraux, muets ». C’est certes dans les villages de plaines et de montagnes que le FN réalise ses plus beaux scores.
Des vérités qui dérangent…
Ce qui rassemble le plus nos deux candidats en lice il faut aller le chercher à gauche, du côté du suppléant. Olivier Véran, neurologue grenoblois. Un médecin tout comme le candidat UMP qui reconnaît-là « un beau métier ! ». Mais trêve de rabibochage place à l’invective injectée sans anesthésie : « Madame vous assénez des vérités qui ne sont que des dogmes » ou « votre candidature c’est de la tromperie ! » en référence au fait que si la candidate PS est élue, elle retrouvera son maroquin, et c’est effectivement son suppléant qui siègera à sa place à l’Assemblée nationale. Une pratique institutionnelle certes instaurée par Nicolas Sarkozy et qui semble néanmoins convenir aux deux principaux partis politiques. Pour Jean-Claude Peyrin, le parlementaire est un facilitateur volontariste : « Notre rôle c’est d’être le meilleur facilitateur et mettre un frein à l’asphyxie des infrastructures et accompagner le développement économique ». La question de la Rocade nord surgit tel un missile, opposant le tracé initial défendu par les uns et des prétendues alternatives préconisées par les autres. En résumé pas grand-chose de nouveau sous la Chartreuse sinon un débat enterré, dont les études de faisabilité ont enflammé l’agglomération et coûté un œil à la collectivité. Et sur les politiques de déplacement urbain ? à gauche comme à droite, les candidats revendiquent cet héritage « visible », du tramway en passant par les PDE (Plan de déplacement entreprises). Comme Marie-Christine Tardy qui a combattu la Rocade nord, Jean-Claude Peyrin qualifie de « mauvais » le projet de Rocade Nord et ajoute : « 15 millions d’euros en études et concertations arrangées, c’est trop pour la collectivité ». En guise de solutions alternatives le candidat UMP propose : « le contournement nord, tripler l’A480, l’A51 »… Bon y’a qu’à faut qu’on, une formule en roue libre en ces temps d’élections…
Total crée le SAS de sécurité
Quand la France ne se targue pas de réaliser 75 milliards de déficit du commerce extérieur, l’Allemagne, elle, affiche fièrement un excédent de 191 milliards d’euros. Rien ne sert de frimer quand son industrie n’est pas au beau fixe, mieux vaut sortir l’artillerie lourde. Car le fameux miracle Allemand fait des émules. Tout du moins inspire-t-il certains leviers. A la question sur le crédit d’impôt recherche, la candidate ministre a rappelé que plus de 1,5 milliard d’euros sont consacrés à la relance des investissements, essentiels en période de crise. « Nous n’allons pas le diminuer mais limiter les effets d’aubaine » prévient Geneviève Fioraso en référence aux grands groupes comme Total qui a créé 200 SAS pour bénéficier de ce fonds alors que les PMI-PME n’ont pas suffisamment de fonds propres pour investir, innover et exporter d’avantage. Difficile de faire admettre en effet à des grands groupes d’adopter des comportements citoyens en Europe et en France en particulier. Des milliards de dépenses supplémentaires nécessaires à la relance économique pour lesquelles il faudra bien chercher des recettes. « Il y a du gras à faire chez les français ! » prédit Jean-Claude Peyrin furieux que ce soit « toujours les mêmes qui paient ». « Non, en France le problème c’est que ce sont toujours les mêmes qui ne paient pas » décoche Geneviève Fioraso qui ne laisse à son adversaire aucune chance de savourer un bon mot. Et d’avertir la main sur le cœur : « Aucune dépense nouvelle qui ne sera pas gagée par une recette nouvelle ». Pari tenu par le candidat de droite qui n’en démord pas « Ce sera des impôts supplémentaires et les Français qui paieront le prélèvement social dont vous parlez! ». L’avenir nous dira lequel des deux disait vrai. En attendant place au prochain débat, le 14 juin à 11h à la CCI de Grenoble, qui opposera Michèle Bonneton (EELV) à Julien Polat (UMP).
« On ne règle pas les problèmes économiques et ceux des habitants uniquement avec des modes de déplacement doux » JC Peyrin
« Le dispositif EIC, Entreprises Innovation et Croissance, sera opérationnel dès le prochain budget » G Fioraso
« Vous allez taper sur les classes moyennes » JC Peyrin
« Bilan de 10 années de gestion de la droite : 5 millions de chômeurs » G Fioraso
« Il faut du protectionnisme aux frontières de l’Europe » JC Peyrin











