Quelle est la situation sur le terrain en matière de lutte contre la haine raciste et antisémite ? Comment des projets locaux peuvent-ils répondre aux discours de haine ?

Du strict point de vue statistique, la situation est contrastée. Sur l’année 2017, les actes haineux baissent globalement de 16 %, mais dans le même temps, les actions dites « violentes » à caractère antisémites et antimusulmans augmentent. L’augmentation des passages à l’acte nourrit un sentiment d’inquiétude auquel il faut être attentif. Du côté des pouvoir publics, les maitres mots sont donc « vigilance » et « fermeté » : le racisme, l’antisémitisme ou l’homophobie ne sont pas une opinion. Ce sont des délits poursuivis et condamnés.
Comme l’a annoncé le Premier ministre un nouveau plan interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme sera présenté à l’occasion de la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme du 18 au 25 mars prochain. Ce plan comportera tout naturellement des actions en direction des acteurs de la société civile et tout particulièrement des associations dont le travail de terrain est essentiel.
En 2017, la Dilcrah a soutenu plus de 600 projets locaux et nationaux. La prévention, la formation ou l’aide aux victimes sont évidemment indispensables pour combattre et déconstruire les discours de haine.

Le projet porté par le Club de la presse et des médias de l’Isère a retenu l’attention de la Dilcrah. Quels sont les éléments qui ont convaincu la délégation ?

Ce projet a été recommandé par la préfecture de l’Isère dans le cadre de l’appel à projets locaux « Mobilisés contre le racisme et l’antisémitisme » 2017. L’approche privilégiée consiste à soutenir le maximum d’initiatives concrètes et de s’appuyer sur des acteurs de terrain directement en prise avec leur territoire. Le projet proposé par le Club de la presse et des médias de l’Isère allait précisément en ce sens. En encourageant les collégiens à réfléchir à la meilleure manière de recueillir l’information, ce concours leur offre parallèlement la possibilité de partager leur vision du monde et leur perception des phénomènes de racisme, d’antisémitisme ou de discrimination. Le fait d’avoir proposé de mêler « réflexion autour des  phénomènes de racisme et d’antisémitisme » et « apprentissage sur les rudiments du métier de journaliste » est probablement ce qui a le plus retenu notre attention dans ce projet.

Quelle est votre perception du traitement médiatique sur les questions de racisme et des discriminations ? Comment ce sujet est-il traité par les médias ? Ya-t-il des enjeux qui mériteraient d’être davantage approfondis ?

Je ne suis pas là pour donner des leçons de journalisme ! Disons qu’il y a sans doute un biais, plus général, qui affecte la profession : celui de concentrer l’information sur ce qui ne va pas et d’oublier de mettre en avant les initiatives positives. Bien sûr, il ne faut pas oblitérer les problèmes. Loin de là. Simplement, on constate que le traitement des sujets « racismes » et « antisémitisme » soulignent trop peu les initiatives des acteurs de la société civile, des associations ou des pouvoirs publics. C’est dommage. D’autant qu’il serait faux de dire qu’il ne se passe rien ! Comme je vous le disais, la Dilcrah a soutenu en 2017 plus de 600 projets locaux et nationaux : actions culturelles, conférences, expositions, projections vidéo, interventions dans les écoles, activités sportives, nombreuses sont les initiatives qui ont lieu tout au long de l’année pour faire reculer le racisme et l’antisémitisme. Il faut en parler. La lutte contre le racisme et l’antisémitisme ne peut pas être un seul enjeu de posture ou de diatribes enflammées sur les réseaux sociaux. Ce doit être un (long et patient) travail de terrain.

La Dilcrah a décidé de reconduire son appel à projet « Mobilisés contre le racisme et l’antisémitisme ». Quelles sont vos attentes ?

Qu’il y ait un maximum de remontées et de projets : l’édition 2017 avait été un succès. A tel point que nous avons décidé de lancer avec Marlène SCHIAPPA, Secrétariat d’Etat chargé de l’Égalité femmes hommes, un appel à projets locaux pour lutter contre la haine anti-LGBT – il s’agit de l’autre compétence de la Dilcrah. Doté d’une enveloppe de 500.000 euros, cet appel à projets piloté par les préfets de vise à soutenir des initiatives liées à l’information, la prévention, la formation et l’aide aux victimes, ainsi que des actions de communication et l’organisation d’événements. Nous espérons vivement recevoir d’aussi bons projets que ceux proposés dans le cadre de l’appel à projets locaux contre le racisme et l’antisémitisme.

Propos recueillis par Isabelle Doucet