Comment abordez-vous les questions de racisme et d’antisémitisme dans votre travail ?

Je les évoque par le biais de l’histoire. C’est important de faire une pause et de revenir en arrière pour éclairer l’actualité en France ou au Proche-Orient. Mon documentaire se situe durant la Seconde Guerre mondiale, mais je couvre aussi le centenaire de la Première Guerre mondiale depuis quatre ans.

Est-ce plus difficile aujourd’hui de travailler sur des sujets liés à la mémoire ?

Ce qui est difficile, c’est la concurrence des mémoires, des souffrances, quand je parle de la Shoah, on me demande pourquoi je ne parle pas de l’esclavage ! Pour lutter contre cela, on essaie de toutes les évoquer – je viens de sortir un documentaire sur les tirailleurs sénégalais pendant la Première Guerre mondiale – sans rentrer dans le jeu de se dire que certaines personnes ont plus souffert que d’autres. Il y a des communautés qui sont en demande, car elles considèrent qu’on ne parle pas de leur histoire.

Vous arrive-t-il de vous autocensurer ?

Non, je n’ai pas à en arriver là, malgré les trolls qui apparaissent sur Internet quand j’évoque des gens qui ont été déportés. Au départ, comme ça m’énervait beaucoup, j’ai essayé d’entamer un dialogue, de comprendre ce qu’ils pensaient, comment on pouvait dire que des gens n’étaient pas morts à Auschwitz, mais très vite je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de dialogue possible et que le niveau de critiques était très bas, du genre à me traiter de « trouillarde » ! Maintenant je les renvoie poliment vers mes articles, ils en pensent ce qu’ils veulent.

Propos recueillis par Frédéric Baert

Photo : Gilles Galoyer